Application StopCovid : respectueuse des libertés individuelles et efficace?

Application StopCovid : respectueuse des libertés individuelles et efficace?

De nombreuses stratégies de déconfinement ont été accompagnées par le lancement d’applications de « contact tracing » pour participer à la régulation du virus Covid-19 : StopCovid, SwissCovid, Immuni,… Face à une épidémie mondiale, ces solutions technologiques ont mis en lumière des disparités culturelles face à la protection des données personnelles et dans la collaboration numérique pour apporter une réponse commune.   

Retrouvez nos points de vue dans un article coécrit par Patrick Larget et Simon Bousquet, 1 semaine après le lancement de l’application StopCovid en France.

En France, StopCovid, respectueuse de la Protection des Données Personnelles mais…

Depuis l’annonce du projet en février, l’application StopCovid a soulevé beaucoup de débats autour des libertés individuelles par crainte d’une collecte massive des données personnelles par le gouvernement ou les GAFA : contacts personnels, géolocalisation, … 58% des français pensent que l’utilisation de la géolocalisation des individus dans le cadre du contrôle du Covid-19 met en péril les libertés individuelles selon l’étude Colombus Consulting.

Après des semaines de collaboration étroite entre de nombreux acteurs français (Inria, Lunabee, Orange, INSERM, ANSSI…), une période d’essai depuis le 11 mai et des adaptations suite aux avis de la CNIL, l’application StopCovid respecte les principes de la protection des données personnelles et les droits des personnes : elle repose sur le volontariat et le consentement des utilisateurs, la limitation des données d’identification à des identifiants pseudonymes, une information claire et pédagogique auprès des utilisateurs, une durée de conservation des données limitée à 15 jours, des modalités d’exercice de droit (d’opposition ou d’accès) bien présentes pour les utilisateurs. La sécurité sur les serveurs et des flux de données restera aussi un point de vigilance des acteurs.  

L’application repose sur l’utilisation du Bluetooth, et non des données de géolocalisation. Toutefois, pour pouvoir utiliser le Bluetooth sur Android, l’application demande l’autorisation à accéder aux données de géolocalisation qu’elle ne devrait pas utiliser… De quoi inquiéter les utilisateurs ?

La CNIL a déjà lancé sa campagne de contrôles afin de s’assurer de la conformité du dispositif global…

Application stop covid

Le débat sur les libertés individuelles occulte les difficultés sur la collaboration numérique internationale

Le Covid19 a mis en lumière la complexité de la collaboration technologique au niveau international. Des questions de souveraineté nationale et de choix technologique (centralisé sur un serveur; ou décentralisé via le smartphone) ont opposé les initiatives nationales à Apple et Google. Si de nombreux pays européens (Allemagne, Suisse, Angleterre…) ont choisi de suivre les recommandations des 2 géants du numérique avec l’approche décentralisée, la France et d’autres pays (Inde, Norvège…) ont choisi leurs propres solutions.

Ces difficultés ont eu plusieurs impacts : un ralentissement du projet lié aux discussions entre les acteurs, difficultés d’activation pour les détenteurs d’iPhone (bien que les notes restent bonnes sur l’Apple Store avec 4,4/5), pas d’interopérabilité généralisée entre les différentes applications…

L’efficacité reste à démontrer surtout quand l’ouverture des frontières va s’accélérer

Application stop covid

Avec les enjeux d’interopérabilité des applications (restant à l’étude), l’efficacité de ces dispositifs à l’échelle mondiale risque d’être réduite.

Selon une étude de chercheurs d’Oxford, un taux de 60 % d’utilisation de la population est nécessaire pour arrêter l’épidémie. Ce seuil semble difficile à atteindre. En Islande, 40% de la population utiliseraient Rakning C-19, l’application « contact tracing » après 5 semaines. En Australie, 24% de la population locale après 6 semaines (et 1 cas détecté). A Singapour, 25% plus de 2 mois après son lancement. Et pour nos voisins italiens, seuls 44% de la population serait prêts à utiliser l’application lancée le 1er juin.

Côté français, selon les informations données par l’application StopCovid, « l’application est utile dès les premiers téléchargements ». Le 9 avril, 1,3 M téléchargements de l’application StopCovid ont été annoncés par le gouvernement français. Mais comme pour toutes les applications, le nombre de téléchargements ne correspond pas au nombre d’actifs surtout qu’il faut ré-activer le service StopCovid en cas de redémarrage du téléphone ou encore qu’il soit nécessaire d’avoir l’application ouverte constamment sur iPhone. 

Avec un faible taux de pénétration de l’application et le manque d’interopérabilité à l’international, les applications de « contact tracing » ne peuvent être vues comme la solution magique au contrôle de l’épidémie. L’efficacité de telles applications dans le futur passera par une collaboration sans faille des acteurs et un engagement fort de la population. En attendant, chaque nouvelle détection de cas contacts pourra contribuer à protéger des citoyens. Chacun est en tous cas libre d’utiliser le dispositif, principe fondamental de nos libertés individuelles, au cœur desquelles s’inscrit la protection des données personnelles. 

Article Colombus Consulting coécrit avec Patrick Larget et Simon Bousquet

 

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